08 Julio 2025
L'Agrasc-France partenaire du 1er forum Guinéen sur les avoirs saisis et confisqués
Publicado el : 10 Julio 2025
Les 7 et 8 juillet 2025, Sylvie Marchelli, sous-directrice opérationnelle et André Tarrago, référent enquêteurs de l'antenne régionale de Rennes représentaient l’Agrasc-France lors du forum guinéen consacré à la gestion et au recouvrement des avoirs saisis et confisqués.
En matinée la délégation française a eu l'honneur d'être reçu à la chancellerie par M. Yaya Kaïraba KABA, garde des Sceaux, ministre de la Justice et des Droits de l'Homme de Guinée. L'occasion d’un échange de vues stratégique sur les enjeux de coopération judiciaire entre la Guinée et la France en matière de lutte contre la criminalité économique et financière.
Pour clore cette rencontre de haut vol, Sylvie Marchelli a remis la médaille de l'Agrasc-France M. Yaya Kaïraba KABA, scellant ainsi la coopération entre nos deux institutions et l’engagement commun à faire du recouvrement des avoirs criminels un outil de justice et de transparence.
La délégation française a également été reçue par son excellence M. le Premier ministre guinéen Amadou Oury Bah préalablement à l’ouverture du forum pour évoquer l’importance de l’existence d’une agence de recouvrement des avoirs criminels pour soutenir les juridictions, et la nécessité de développer la coopération internationale en cette matière.
Un forum sous haut patronnage
Ce forum, placée sous la haute présidence du Premier ministre guinéen Amadou Oury Bah s’est tenu dans la salle d’audience du procès du 28 septembre 2009, à la Cour d’appel de Conakry.
Organisé par le ministère de la Justice et des Droits de l’Homme via la jeune agence de gestion et de recouvrement des avoirs saisis et confisqués guinéenne (Agrasc-Guinée) - en partenariat avec l'Agrasc-France - il a rassemblé pas moins de 200 personnes.
Créée officiellement en 2023 par décret présidentiel, mais inscrite dans le Code de procédure pénale depuis 2016, l’Agrasc-Guinée ambitionne de jouer un rôle central dans la lutte contre le blanchiment d’argent, le détournement de fonds publics et l’enrichissement illicite. Ce forum constitue la première grande activité institutionnelle de l’agence guinéenne depuis sa mise en place.
Gérer pour mieux recouvrer et restituer
Dans son discours d’ouverture, le premier ministre a insisté, devant un parterre de magistrats, procureurs, juges de paix, chefs de greffe et officiers de police judiciaire, sur l’importance d’éviter les approches fragmentées dans la gestion des avoirs saisis et a également évoqué la nécessité de partager l’expérience avec les partenaires internationaux, notamment la France, pour éviter les écueils rencontrés ailleurs et renforcer la capacité de la Guinée à lutter efficacement contre la criminalité économique.
« Il est essentiel d’harmoniser les actions entre les juridictions, les régies financières et les institutions publiques. La saisie des biens doit servir l’intérêt général. »
L'Agrasc : un arsenal contre la criminalité économique
Lors de son allocution, M. Alpha Sény Camara, directeur général de l’Agrasc-Guinée, a salué l’engagement et la volonté du président guinéen Mamadi Doumbouya à doter son pays d’un outil stratégique, tel l'Agrasc-Guinée, dans la lutte contre la criminalité financière.
Après avoir retracé la genèse de l’agence guinéenne, il a plébiscité l'initiative d'un forum de cette envergure. Selon Alpha Seny Camara, l’enjeu est de créer une vision commune : « L’objectif est que nous ayons tous la même lecture des missions que nous portons, que ce soit en Guinée, en France, au Sénégal, en Côte d’Ivoire ou ailleurs. La loi est la même, mais les environnements et les défis sont différents. »
Il est ensuite revenu sur le partenariat avec l’Agrasc-France, qui, forte de plus de 15 ans d’expérience, représente un atout majeur pour l’Agrasc guinéenne, encore jeune et rappelé que des échanges bilatéraux à Paris en février et avril 2025 ont permis de poser les bases de ce forum international, renforçant ainsi la coopération entre les deux pays.
« L’Agrasc est le dernier maillon de la chaîne pénale dans la lutte contre les crimes économiques. C’est une arme fatale contre la délinquance financière. »
Le ministre de la Justice guinéen a, quand à lui, qualifié le déploiement de l'Agrasc-Guinée et la tenue de ce forum, d'avancées significatives dans la lutte contre les infractions économiques. Il a plaidé pour une application rigoureuse des procédures de saisie et de confiscation, ainsi qu’une meilleure coopération interinstitutionnelle et une formation continue des magistrats.
Il a poursuivi son propos sur l’importance de l’échange d’expériences, des bonnes pratiques et du renforcement de la coopération avec des partenaires internationaux, et il a remercié l'Agrasc-France pour sa participation.
« La récupération des biens mal acquis n’est pas un acte accessoire.
Elle est au cœur même de notre mission de justice. »
Par ailleurs, Alpha Saliou Barry, président du Conseil d’administration de l’Agrasc-Guinée, a insisté sur l’importance de cette rencontre dans le processus de moralisation de la vie publique en Guinée. Il a également souligné la nécessité de renforcer les capacités nationales, d’harmoniser les pratiques judiciaires et de mettre en place des mécanismes transparents de traçabilité des fonds récupérés, afin que ceux-ci profitent réellement à la collectivité. Selon lui, "Servir, conserver et redistribuer les biens issus d’activités illicites, c’est renforcer l’État de droit et restaurer la confiance citoyenne".
Lutter contre la criminalité organisée : un engagement commun entre la France et la Guinée
Sylvie Marchelli, a également mis en avant l’importance d'une collaboration bilatérale entre la France et la Guinée. Elle a insisté sur les bénéfices mutuels issus de tels échanges, qui ont permis d’identifier des pistes d’amélioration pour les deux parties. Elle a notamment souligné que « la fluidification des relations entre les magistrats et l’Agrasc va dans le bon sens », témoignant de la volonté commune d’établir une collaboration efficace et durable.
Pour l'Agrasc-France, l’objectif ultime de cette coopération reste la lutte contre la criminalité organisée, un enjeu crucial pour nos deux pays. Lors de ces deux jours de discussions, les participants ont abordé des stratégies innovantes pour atteindre les délinquants, en allant au-delà des sanctions classiques telles que les peines d’emprisonnement ou les amendes.
En effet, l’accent est mis sur l'atteinte à leur portefeuille, en ciblant leurs ressources financières, afin de couper leur source de revenus et de réduire leur capacité à poursuivre leurs activités illicites.
Une coopération bilatérale, basée sur l’échange de bonnes pratiques et l’amélioration continue des processus, constitue une étape essentielle pour renforcer la lutte contre la criminalité organisée en Guinée et en France.
« Nous sommes réunis ici depuis deux jours pour discuter des moyens d’atteindre les délinquants en touchant à leur portefeuille, au-delà des peines d’emprisonnement et des amendes. »
Afin de poursuivre cette coopération, les directeurs des AGRASC Guinée et France sont attendus à Dakar, du 9 au 11 juillet, pour participer à un forum régional sur le recouvrement des avoirs criminels.