June 16, 2025
Affectation sociale dédiée aux victimes de TEH
Published on : July 01, 2025
De gauche à droite : Vanessa Perrée, directrice générale de l'Agrasc ; Roxana Maracineanu, secrétaire générale de la Miprof ; Philippe Dumont, président de l'association AFJ et Charlotte Hemmerdinger, directrice du cabinet du ministre d'État, garde des Sceaux, ministre de la Justice
Un levier efficace et vertueux en faveur des victimes
Le 16 juin 2025, Charlotte Hemmerdinger, directrice du cabinet du ministre d'État, garde des Sceaux, ministre de la Justice, ainsi que Vanessa Perrée, directrice de l'Agrasc, ont officiellement affecté un appartement confisqué par la cour d’appel d’Amiens dans une affaire de proxénétisme aggravé et de blanchiment à l’association AFJ, représenté par Philippe Dumont, son président. Cette affectation s’est opérée en lien avec la Mission interministérielle pour la protection des femmes contre les violences et la lutte contre la traite des êtres humains (Miprof).
La remise des clés s’est tenue en présence de Roxana Maracineanu, secrétaire générale de la Miprof, au ministère de la Justice, place Vendôme, à Paris. Une plaque, qui sera installée dans l’appartement pour rappeler l’engagement du ministère de la Justice, a été dévoilée, marquant ainsi une étape concrète dans la mise en œuvre du dispositif d’affectation sociale. Cet outil vertueux vise à soutenir les actions des associations œuvrant en faveur des victimes. La plaque sera fixée à l’intérieur de l’appartement.
Ce dispositif, instauré par la loi du 8 avril 2021 améliorant l’efficacité de la justice de proximité, ainsi que par le décret du 2 novembre 2021, permet à l’Agrasc d’affecter des biens immobiliers à des associations ou fondations reconnues d’utilité publique. Il offre ainsi à ces structures la possibilité de bénéficier de locaux pour leurs activités, leur permettant de réaliser des économies sur les coûts immobiliers.
Ce mécanisme était également préconisé par le plan national de lutte contre l’exploitation et la traite des êtres humains 2024-2027, élaboré par la Miprof. La mesure 27 de ce plan visait à « mobiliser l’Agrasc pour que les affectations sociales de biens immobiliers confisqués puissent prioritairement bénéficier aux associations spécialisées auprès des victimes de traite ».
Un appartement refuge
Dans ce contexte, un appartement de 4 pièces situé à Saint-Denis (93) a été sélectionné pour cette affectation. Par décision du 15 mars 2025, le conseil d’administration de l’Agrasc a décidé d’affecter le bien à l’association AFJ, pour une durée de trois ans renouvelable. Cet engagement vise à utiliser ce logement à des fins d’hébergement ou de logement pour les victimes de violences sexuelles, de proxénétisme ou de traite des êtres humains, incarnant ainsi la volonté de la justice de transformer les biens confisqués en moyens concrets d’aide aux victimes de traite des êtres humains.
L’association AFJ est spécialisée dans l’hébergement, la protection et l’accompagnement des femmes victimes de la traite à des fins d’exploitation sexuelle (TEHS). Elle organise son activité au sein de deux maisons sises à Paris qui permettent à la fois d’accueillir avec hébergement une quinzaine de femmes majeures et de leur proposer un accompagnement et une prise en charge pluridisciplinaire. Le foyer est sollicité 24h/24 et 7j/7 par les services de police parisiens pour accueillir des femmes vulnérables ayant rompu avec leurs proxénètes exploiteurs et nécessitant une mise à l’abri.
A ce jour 7 affectations sociales ont déjà été réalisées par l’Agrasc, au bénéfice de femmes victimes de violences, pour éloigner des conjoints violents, pour accueillir des réfugiés ukrainiens ou encore pour aider des personnes dans la précarité à disposer d’un logement. Deux sont en cours à Albi, en Tourraine.
L’Agrasc espère prochainement étendre ce dispositif aux collectivités territoriales, conformément à la loi prévue en 2024. Le décret d’application est actuellement en cours de signature auprès du ministre des Comptes publics alors que le ministre de la Justice a déjà donné son accord, ce qui permettra notamment aux mairies de se voir attribuer des immeubles confisqués.
Nous remercions chaleureusement tous les invités pour leur présence, en particulier les membres du groupe d’experts sur la lutte contre la traite des êtres humains (GRETA)*, Lénaïg Le Bail, cheffe de l'office central de lutte contre la traite des êtres humains (OCRTEH), ainsi que M. Eric Mathais, procureur du TJ de Bobigny et Mme Carine Chevrier, secrétaire générale du ministère de la Justice.
Nous exprimons également notre gratitude à Mme Charlotte Hemmerdinger pour son accueil au ministère, qui a marqué cet événement.
* Le GRETA, groupe d’experts chargé de veiller à la mise en œuvre par les Parties de la Convention du Conseil de l'Europe sur la lutte contre la traite des êtres humains, est actuellement en mission en France. Sa délégation séjourne dans le pays toute la semaine dans le cadre du 4e cycle d’évaluation, visant à examiner la conformité de la France à ses engagements en matière d’application de la Convention, ratifiée en 2006 et entrée en vigueur en mai 2008. Ce cycle aboutira à un rapport de visite, suivi d’une réponse de la France et de recommandations finales du GRETA. La thématique retenue pour cette évaluation est la lutte contre les vulnérabilités à la traite des êtres humains.
La Miprof, en tant que coordinateur national sur toutes les formes de traite, organise durant ces quatre jours des rencontres entre la délégation et l’ensemble des autorités françaises, tant à Paris qu’en régions. La délégation poursuivra ensuite sa mission en Martinique et en Guyane la semaine suivante.